» Au revoir et MERCI aux Petits frères de Jésus

Mot du petit frère Paul François

en introduction de la Célébration

L'eucharistie de ce dimanche a une coloration particulière : nous marquons le départ du Maroc (ou l'envoi) d'une congrégation religieuse. Il s'agit des petits frères de Jésus, congrégation fondée par René Voillaume en Algérie en 1933, en s'inspirant de Charles de Foucauld.

Charles de Foucauld a été marqué par sa découverte de la discrétion de Jésus à Nazareth et par l'humilité de Dieu dans son mystère de l'incarnation. Et si nous avions voulu lui être fidèles, nous serions partis discrètement, sans rien dire.

Partir nous attriste. Mais avec vous tous, chrétiens qui vivez à Marrakech ; avec vous amis qui venez de loin ; avec vous prêtres, religieuses, religieuses qui vivez la même consécration à ce peuple ; avec vous, Père Vincent, nous voulons dire ‘merci', rendre grâce.

Rendre grâce pour tous les frères qui ont vécu dans ce pays, qui y ont donné une grande part de leur vie.

La première fraternité s'est installée à Marrakech le 12 novembre 1950, près du derb Dabachi ; il y a là Jean,  François,... D'autres viendront : Robert, Batistin, Charles-André, Armand, Pierre, Maurice... En 1952, déménagement à Casa pour mieux apprendre l'arabe et se former aux métiers artisanaux. L'adresse : derb Moulay Chérif. C'est la période qui précède l'indépendance. En 52, des émeutes éclatent dans le quartier. Il y eut des centaines de morts, Marocains, Européens. La fraternité restera, solidaire. D'autres émeutes en 55 : les voisins protègent les frères, physiquement. Une autre fraternité ouvre ensuite au bidonville des Carrières centrales. Arrivent Michel, Daoud, Gaby Curioz.

En 1959, Daoud, infirmier, est affecté à Marrakech. Occasion d'y réinstaller une fraternité, avec Pierre puis Raymond. Daoud est ensuite nommé à Azgour, au dessus d'Amizmiz ; il y sera jusqu'en 74, en fraternité avec Sadoq. A Marrakech arrivent en 64 Paul-François, Gaby ; ils sont artisans au milieu des artisans de la médina. Et ce travail permet, je vous assure, une très bonne insertion. En 84 : Christian, qui trouvera un emploi à l'Hôpital civil comme infirmier ; emploi qu'il continue en France auprès de sa mère malade. Il a prononcé ses vœux dans cette église en 95. Je suis arrivé en 2001, nous étions cinq ! Mais Gaby, en 2005, doit partir en France en raison de sa maladie. Une épreuve pour lui : il espérait terminer sa vie à Marrakech. Il est décédé à Marseille il y a un mois. Daoud a dû, lui aussi, gagner la France.

Après la fermeture des boutiques, il faut maintenant accepter de quitter la maison où nous avons emménagé il y a 40 ans, dans le quartier de la Zaouya, le quartier béni par la proximité du tombeau de Sidi bel Abbes. Il a vécu au 12ème siècle, il disait que l'essentiel de la religion, c'est la charité...

Je veux aussi rendre grâce aujourd'hui, au nom de tous les frères, pour tous ceux qui nous ont accueillis, au long des années. Ils sont nombreux, voisins, collègues de travail, jeunes et vieux, hommes, femmes, enfants. Ils ne sont pas ici, physiquement ; ils sont dans les cœurs, dans notre prière d'action de grâce. Leurs visages, leurs sourires, je ne les oublierai pas. J'ai vu leur foi en Dieu. Ils nous ont ouvert leurs maisons, accueillis, aidés ; ils ont accepté que nous puissions partager leur vie et je ne sais pas si nous avons pu les aimer comme eux nous ont aimés. Charles de Foucauld voulait aller « vers les plus pauvres » ; il a découvert ensuite tout ce qu'eux pouvaient lui donner. Cette eucharistie sera notre merci, à eux, à vous tous.

Homélie du Père Vincent Landel

L'Evangile de ce jour nous transporte dans la synagogue de Nazareth pour écouter le Christ nous dire « cette parole de l'Ecriture que vous venez d'entendre, c'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit »

 Il allait à la synagogue les jours prescrits, comme les habitants de Nazareth ; et il prenait son tour pour proclamer la Parole de Dieu. Jésus a voulu commencer sa vie terrestre, en étant un habitant de Nazareth comme les autres. Ce fut sa manière à lui, de dire que toute l'humanité était aimée de Dieu.

Même si c'est un peu avec le cœur gros, c'est vers Nazareth que nous nous tournons aujourd'hui encore, en disant un grand merci aux petits frères de Jésus du Père de Foucauld, au moment de leur départ de notre diocèse. En effet en entrant dans leur congrégation ils ont voulu prendre le chemin du Père de Foucauld, en suivant Jésus de Nazareth. Quel programme à vivre sur les routes du Maroc où le Bienheureux Charles de Foucauld avait retrouvé le Jésus de son enfance !

Un merci qui veut se transformer en action de grâce pour ce chemin qu'ils ont parcouru, en Eglise, dans les ruelles de la médina de Marrakech.

Par leur vie, au milieu d'un des quartiers les plus ordinaires, par un travail des plus simples car l'un était menuisier, l'autre forgeron et un autre infirmier, ils ont vécu à la suite du Christ, partageant la vie des habitants de ce pays, aujourd'hui. C'est vrai, nous ne les avons pas vu à la paroisse faire de la catéchèse ou engagé dans différents mouvements ; mais depuis plus de 50 ans, ils étaient présents dans ce quartier et ils venaient simplement prier avec nous. Leur présence nous manifestait concrètement cet amour de Dieu pour tous les hommes. Leur présence à l'Eucharistie nous manifestait que l'Eucharistie n'est pas seulement un acte de communion interne à l'Eglise, mais aussi un acte de solidarité avec tout un peuple qui nous accueille. Leur présence dans ce quartier manifestait combien

  • - l'Eglise ne veut pas s'enfermer dans un monde chrétien,
  • - mais veut respirer au rythme des réalités du monde.

Par eux, l'Eglise a été signe que les petits, quelque soit leur culture ou leur religion, sont importants aux yeux de Dieu. Pour tout cela qu'ils soient remerciés !

Comme nous le disait l'un d'entre eux qui avait été invité par le Saint Père au Synode des évêques africains : 

  • - «Quand on croit à la puissance de l'Evangile non seulement lu, mais médité et assimilé dans la prière, on croit qu'il est possible de vivre en frères avec des hommes d'une autre tradition religieuse -et les musulmans sont des croyants en Dieu- parce que simplement on essaie de cheminer avec eux au quotidien avec la certitude que l'Esprit Saint agit au cœur de tout être humain.
  • - Se faire proche, être présent aux hommes, savoir se rendre accessible, respecter l'autre y compris et surtout le plus petit et le plus pauvre. Connaître et comprendre l'autre comme de l'intérieur dans sa culture et sa religion. C'est une œuvre difficile, exigeante, dépouillante même, mais qui mérite l'engagement de toute une vie»

Discrètement nous les croisions à la fin de la messe ; leur présence nous rappelant tellement l'importance de tout ce peuple avec le quel nous vivons ; car c'est avec lui que nous sommes invités à construire un monde où il fasse bon vivre pour tous. Le Saint Père ne nous a-t-il pas dit dans le message envoyé à la fin du Ramadan, « Chrétiens et musulmans, ensemble au service des pauvres ».

 Ils partent, mais même si les plus anciens pourraient nommer de nombreux petits frères passés dans cette communauté,

  • - Nous nous rappellerons de Daoud qui après de nombreuses années dans un dispensaire de l'Atlas a voulu continuer le début de sa retraite au milieu de nous, avant d'être obligé de rejoindre son pays natal
  • - Nous nous rappellerons de Gaby toujours souriant dans son échoppe de forgeron; aujourd'hui il est notre porte parole auprès du Père qu'il a rejoint il y a quelques semaines
  • - Nous nous rappellerons de Paul François, présent dans notre assemblée, qui savait donner tout un sens, même spirituel à tout ce bois qu'il travaillait
  • - Nous nous rappellerons de Christian qui tous les matins rejoignait son hôpital pour apporter soulagement et amitié aux malades
  • - Nous nous rappellerons d'Yvan, le dernier venu dans la communauté; il est dans notre assemblée aujourd'hui; il avait su trouver sa place dans le quartier et dans notre Eglise.

Ils partent, mais ne recevons-nous pas la responsabilité de continuer, à notre façon, à vivre ce qu'ils ont vécu :

  • - Cette présence discrète et aimante,
  • - Cette humilité empreinte de confiance,
  • - Cette ouverture à l'autre différent,
  • - Cette proximité qui se veut accueillante,
  • - Ce respect malgré tout ce qui pourrait nous séparer.

Ils partent, mais ils n'emmènent pas avec eux le message d'amour de Jésus Christ que nous aurons encore à vivre ici. Jésus de Nazareth nous invite toujours à mettre nos pas dans ses pas.

Ils partent, mais ils n'emmènent  pas avec eux l'esprit du Bienheureux Charles de Foucauld qui n'est pas leur monopole ; par leur vie, ils nous ont aidé à comprendre que cet esprit fait partie de l'héritage que nous avons reçu pour notre Eglise au Maroc.

  • - Charles de Foucauld continuera à les accompagner sur leur route de Nazareth dans d'autres pays.
  • - Charles de Foucauld continuera à nous accompagner, nous qui avons la grâce de pouvoir continuer notre route avec cette Eglise au Maroc.

Petits frères, merci d'avoir été signe, dans notre Eglise, pour ce pays.

Merci de nous confier le relais, nous essaierons de savoir le faire fructifier.

                                              

 AMEN

On trouve dans le bulletin ENSEMBLE 94  

le témoignage des 60 ans de présence des Petits frères au Maroc ainsi qu'un Dossier sur l'itinéraire de Charles de Foucauld au  Maroc