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» Voeux du P. Vincent, archevêque de Rabat

Chers tous,

J’ai été profondément bouleversé par le voyage du Pape François en Birmanie et au Bengladesh. Impressionné car c’est un peu ce qu’il nous est demandé de vivre en Église au Maroc. Et c’est dans ce contexte d’inter religieux que je veux encore cette année vous présenter mes vœux, avec les mots du Pape.

Bonnes fêtes de fin d’année, avec toute cette dynamique que nous insuffle le Pape François.

Que nous puissions vivre, là où nous sommes, ce dialogue inter religieux et interculturel « qui consiste à tendre la main à l’autre dans une attitude de confiance réciproque et de compréhension » ; Pour vivre cela, il nous faut « une ouverture de cœur de manière à voir les autres comme un chemin, non pas comme un obstacle ».

« L’ouverture de cœur n’est pas une théorie abstraite, mais une expérience vécue…

  • il s’agit d’un dialogue de vie, non pas un simple échange d’idées, …
  • il s’agit de partager nos identités religieuses et culturelles distinctes, mais toujours avec humilité, honnêteté et respect »

Ce sont ces mots de confiance réciproque, compréhension, ouverture de cœur, dialogue de vie, qui ont été lancés de Dhaka (Bengladesh), qui veulent résumer tous les vœux que je formule pour nous tous en ces fêtes de fin d’année.

Que nous nous aidions à les vivre…

Que nous les vivions ensemble avec la force de Dieu.

Alors notre année sera belle

Au cœur de tout ce que les médias nous ont dit, d’une certaine façon, durant cette année, je voudrai vous relater des faits très concrets, positifs qui vont tout à fait dans le sens des paroles de notre Pape François.

  • Je ne sais si vous avez noté cet été, qu’à Abu Dhabi, les autorités ont décidé de changer le nom d’une mosquée, presque neuve. Elle s’appelait mosquée « de Cheikh Mohammed Ben Zayed », et elle a été baptisée, par les autorités musulmanes « Mosquée de Marie, Mère de Jésus ».
  • Au Maroc, dans la ville de Midelt, j’avais remis notre église aux autorités marocaines ; par respect, ils l’ont transformée en un beau centre pour les associations. A l’extérieur il y a un dôme surplombé d’une croix. Au moment des travaux, il y a eu un « referendum » pour savoir si l’on gardait la croix ou si on l’enlevait. Et finalement, grâce aux jeunes, la croix est restée, et surplombe la ville.
  • Et tout dernièrement, à Rabat, dans la grande maternité de la ville (ancienne goutte de lait) les sœurs qui, pratiquement ne travaillent presque plus dans cet hôpital, se sont vu donner une maison, spécialement construite pour elles. De plus y est adossée une chapelle qui est considérée comme « patrimoine de Rabat », elle tombe en ruine. Qu’à cela ne tienne, elle va être restaurée pour que les religieuses qui habitent dans cette nouvelle maison puissent continuer à y prier. Nous n’avons rien demandé ; il nous a simplement été dit, « on vous construit une nouvelle maison et nous allons restaurer la chapelle »

Pour des faits comme cela, ne devons-nous pas vivre dans l’espérance que la vie est plus forte que toutes les forces du mal. Il n’y a pas que le Pape qui est témoin de merveilles insoupçonnables !

Je veux continuer mon ministère épiscopal avec passion (et c’est passionnant d’être évêque au Maroc !) et joie, puisque c’est cela qui m’est encore demandé aujourd’hui, tout en tenant compte de ma santé.

Croyant que je serai rapidement libéré de ma charge épiscopale, j’avais accepté de prêcher une retraite à mes frères à Betharram ; mais au moins cela m’a donné l’occasion de vivre une dizaine de jours à Betharram pour un ressourcement personnel.

Mais je ne suis pas qu’un évêque voyageur à l’extérieur ; je continue avec joie à aller rencontrer les communautés chrétiennes dans tous les azimuts du Royaume ; avec toujours cette population chrétienne qui change du quart tous les ans. Mais en même temps j’ai l’impression qu’elle s’agrandit. Il y a au moins trois ou quatre églises où je me pose la question « comment les agrandir ». A cause de cela, j’avais l’habitude de réunir en une seule messe par trimestre tous les chrétiens d’une ville ; mais par exemple à Rabat et à Casa, je ne puis plus, car l’espace n’est pas assez grand, pourtant il y a plus de 800 places. Il nous faut donc apprendre à faire communion d’une autre façon. Et cette communauté chrétienne change, dans le sens que jusqu’à, il y a quelques années, lorsque je parlais des subsahariens, je pensais étudiants. Puis doucement il a fallu penser étudiants et migrants ; mais maintenant il faut penser étudiants, migrants, entrepreneurs et commerçants, et malades qui viennent se faire soigner au Maroc. Il n’est pas question de s’endormir. Surtout que nous avons des situations humaines qui sont de plus en plus complexes. Il nous faut sans cesse essayer de faire Église autrement.

Et comme nous y invite le Pape François, il faut d’abord, accueillir, écouter et discerner. Et je suis heureux de contempler une église qui mûrit. En 2000, lorsque j’ai commencé mon ministère épiscopal, j’ai confirmé un seul jeune adulte européen ; et cette année, il faut que je me prépare à confirmer 76 jeunes adultes subsahariens. Il est vrai que nous y avons travaillé depuis 5 ans très sérieusement en faisant même notre manuel de catéchuménat sur 4 ans.

Et pour terminer le tour du diocèse, je suis allé à Oujda, mon extrême Nord Est en ce 3° dimanche de l’Avent ; quelle vie entre les étudiants et les migrants. C’est vraiment un lieu de vie interreligieux et interculturel, et intersocial… il m’a fallu écouter les histoires qui peuvent paraitre les plus rocambolesques, mais qui pourtant sont vraies. Quel courage il faut à ces migrants, mais aussi à ces étudiants et étudiantes. Une fois de plus je me suis considéré comme le « papa et la maman » de tous ces jeunes. Puissions-nous tous l’être !

Et je terminerai ces vœux par ce sourire radieux d’un jeune étudiant, récemment arrivé avec qui j’ai diné avec un groupe de responsables et qui me dit, avec son beau sourire « C’est vraiment formidable, c’est la première fois que je mange avec un évêque et que je peux parler avec lui »

Même si je dois me préparer à passer le relais, je me réjouis pour tous ces sourires, de toutes les nations qu’il m’a été donné de contempler. Et en cette fin d’année 2017, je ne peux que dire merci à l’Enfant de la Crèche.

Avec eux, je vous souhaite de très bonnes fêtes.

Je vous embrasse dans le Cœur du Christ

+Vincent LANDEL s.c.j.  Archevêque de Rabat

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